Spektr-RG, le Hubble russe des rayons X est en orbite

Deuxième d’une série de quatre instruments prévus de longue date par la Russie, le télescope X Spektr-RG a rejoint l’espace il y a quelques semaines. On attend de lui une carte sans précédent des sources X et peut-être une clé de la nature de l’énergie noire.

Après le succès de RadioAstron alias Spektr-R, le Hubble russe de la radioastronomie, qui avait étémis en orbite le 18 juillet 2011, on attendait avec impatience le lancement du Hubble russe des rayons X, à savoir Spektr-RG (SRG), qui malgré sa dénomination précise « Spectrum-Roentgen-Gamma » n’étudiera pas le ciel gamma. SRG a finalement été lancé le 13 juillet 2019 par une fusée Proton-M depuis le cosmodrome de Baïkonour.

Spektr-RG fait partie avec Spektr-R d’une série de quatre télescopes destinés à couvrir une large bande du spectre électromagnétique, des ondes radio aux rayons X en passant par les ondes millimétriques et les ultraviolets. Cette série avait été projetée dès le début des années 1980 par la défunte union soviétique mais sa chute vers 1990 avait entraîné avec elle celle de ce programme. Son équivalent états-unien à la même époque verra bien le jour et il est célèbre aujourd’hui sous les noms de Hubble (visible et ultraviolet), Compton (gamma), Chandra (X) et Spitzer (infrarouge), ainsi que les multiples découvertes qu’on leur doit.

Une présentation de Spektr-RG. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en russe devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l’écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Роскосмос ТВ

Spektr-RG et le monde des amas galactiques

La Russie est en train de combler son retard. Le concept de Spektr-RG avait été proposé dès les années 1980 par le célèbre astrophysicien Rashid Sunyaev qui aujourd’hui fait partie des chercheurs à la tête de cette mission. Elle s’est d’ailleurs internationalisée car l’un des deux instruments équipant le satellite est en réalité d’origine allemande, et il s’agit de eRosita développé par l’Institut Max-Planck de physique extraterrestre. L’autre instrument est bien russe, lui, et il se nomme ART-XC.

Il existe déjà plusieurs télescopes X en orbite pour s’affranchir de l’atmosphère terrestre comme XMM-NewtonChandra ou Nustar. La principale nouveauté est que SRG possède une optique grand angle, ce qui est idéal pour faire une cartographie X de la voûte céleste 30 fois plus précise que celle réalisée jusqu’à présent.

Pour le moment, même si Spektr-RG a vu sa première lumière, comme on dit dans le jargon des astronomes, il est en route vers le point de Lagrange L2 (situé à 1,5 million de kilomètres de la Terre, à l’opposé du Soleil par rapport à la Terre) où il débutera vraiment ses campagnes d’observations dans trois mois, temps de son trajet. Il passera alors quatre années à scruter, à huit reprises, le ciel des rayons X mous jusqu’à ceux de 10 keV avec une résolution spectrale et angulaire sans précédent.

À un premier niveau Spektr-RG doit permettre de dresser une carte contenant de cinquante mille à cent mille amas de galaxies, mais aussi plusieurs millions de trous noirs supermassifs à l’origine de noyaux actifs de galaxies, tels les quasars. On s’attend aussi à repérer des étoiles situées en amont de la séquence principale, des rémanents de supernovae et des binaires X contenant des trous noirs, des étoiles à neutrons ou des naines blanches accrétant de la matière.

Mais l’apport potentiellement le plus spectaculaire de Spektr-RG se trouvera peut-être au niveau des amas des filaments de matière connectant les amas de galaxies et les amas de galaxies eux-mêmes. Si ces amas sont plutôt dominés par la présence de la matière noire, l’énergie noireintervient aussi en compétition avec la matière noire pour expliquer les structures à grande échelle rassemblant les amas galactiques. SRG pourrait donc littéralement aider à faire la lumière sur la nature de l’énergie noire.

  • Le satellite Spektr-RG, équipé d’instruments russes et allemands pour observer l’Univers dans la domaine des rayons X, est parti pour le point de Lagrange L2 qu’il atteindra dans trois mois.
  • Il cartographiera ensuite pendant quatre ans, et comme jamais, toute la voûte céleste.
  • Spektr-RG étudiera en particulier les amas de galaxies dans l’espoir d’aider à faire la lumière sur la nature de l’énergie noire.

CET ARTICLE A ÉTÉ PUBLIÉE PAR LE JOURNALISTE LAURENT SACCO

2 août 2019
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